Localiser les éléphants par ondes sismiques, une piste pour les protéger contre le braconnage ?

Par Fondation 30 million d’amis

Des scientifiques britanniques ont testé une technique de surveillance des éléphants en enregistrant les ondes sismiques produites par leurs grondements, inaudibles pour l’oreille humaine. Un procédé qui s’avérerait plus précis et robuste pour localiser les pachydermes que l’utilisation de « simples » micros. L’objectif : mieux détecter la localisation des animaux pour mieux les protéger du braconnage. Les explications de 30millionsdamis.fr.

Quand la science vient en aide à la faune sauvage menacée ! L’éléphant de savane d’Afrique (Loxodonta Africana) ne se contente pas d’un barrissement reconnaissable entre tous. Les pachydermes se montrent également capables de communiquer par de puissants grondements, produisant des ondes sismiques qui se répercutent plus ou moins loin selon le substrat, rocheux ou sableux. Alors que les sons audibles par l’oreille humaine ont une fréquence de vibration comprise entre 20 Hz et 20.000 Hz, les éléphants émettent et perçoivent les sons de basse fréquence – ou infrasons – dès 16 Hz. Ce qui leur permet d’échanger des informations jusqu’à une dizaine de kilomètres de distance, un avantage indéniable pour cette espèce sociale.

Pour l’heure, les chercheurs ignorent si la voie « sismique » remplace ou complète les autres modes de communication pour assurer la reconnaissance entre les individus, les signaux d’alerte ou encore les appels à la reproduction. En revanche, les scientifiques savent que l’éléphant peut détecter et réagir aux ondes générées par les grondements de ses congénères, qu’il capte soit via la surface très sensible de la plante de ses pattes, soit par la remontée des vibrations via son ossature jusqu’à l’oreille interne. Les pachydermes sont ainsi capables d’analyser un grondement avec une finesse telle qu’ils parviennent à « catégoriser et localiser avec un précision un appel » émis par un congénère, rappelle une équipe de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), du Centre de recherche de Mpala (Kenya) et de l’ONG britannique Save the Elephants, dont les travaux ont été publiés dans la revue scientifique Journal of the Royal Society Interface.

L’équipe de scientifiques britanniques a donc cherché à savoir s’il était possible de localiser les éléphants en utilisant des capteurs sonores (au-dessus du sol) et sismiques (sous terre), et quelle était la méthode la plus fiable. Quatre paires de capteurs ont été disposées à quelques centaines de mètres de distance chacune, autour d’un point d’eau fréquenté par les animaux dans un ranch du centre du Kenya. Un réseau de caméras a servi par ailleurs à confirmer la validité de certaines observations. La technique utilisée s’inspire de celle de la triangulation : en connaissant la vitesse de propagation du son (dans l’air ou dans le sol), la différence de temps que met le bruit pour parvenir à chaque capteur permet de déterminer la position de l’émetteur du signal, à savoir le pachyderme.

Bien que le terrain traversé par les ondes sismiques ne soit pas homogène, ce qui aurait pu fausser les conclusions, la localisation s’est néanmoins révélée plus précise par l’analyse de l’onde sismique que par l’onde acoustique, selon les résultats de l’étude. Les auteurs plaident donc pour explorer cette piste dans l’objectif de surveiller les populations d’éléphants. En effet, les capteurs sismiques enterrés sous la surface sont davantage protégés que les micros, généralement attachés à un tronc d’arbre et par conséquent vulnérables (à la météo, aux animaux, aux humains…). Ce procédé pourrait servir à détecter les signaux d’alarme des éléphants – classés « en danger d’extinction » par l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) – notamment dans des endroits connus pour abriter des braconniers. Mais aussi à surveiller des populations d’autres espèces menacées en enregistrant leurs « empreintes sismiques ». A suivre…

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