Faits

Distribution

37 pays d’Afrique subsaharienne possèdent des populations d’éléphants. L’on trouve principalement des éléphants de savane en Afrique de l’Est (8 pays) et en Afrique australe (9 pays), et des éléphants de forêt dans le bassin du Congo en Afrique centrale (7 pays). En Afrique de l’Ouest (13 pays), les éléphants vivent à la fois dans des habitats de savane et de forêt. La population d’éléphants de Mauritanie a disparu depuis 1989, tandis que celles du Sénégal et de la Sierra Leone sont gravement menacées et ne comptent que peu d’individus.

Les populations d’éléphants d’Afrique de l’Ouest sont réparties sur de petits habitats très fragmentés ; au contraire, l’habitat disponible est mieux réparti en Afrique centrale, orientale et australe. Cela étant, la fragmentation de l’habitat devient un problème croissant dans toutes les régions d’Afrique.

Habitat

Les éléphants d’Afrique occupent un large éventail d’habitats, du quasi-désert en Namibie et au Mali aux forêts tropicales d’Afrique centrale, en passant par divers types d’écosystèmes de savane semi-aride sur une grande partie du continent.

Caractéristiques biologiques

De récentes découvertes scientifiques, notamment génétiques, tendent à désigner deux taxons d’éléphants d’Afrique : l’éléphant de savane (Loxodonta africana) et l’éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis). Toutefois, l’UICN n’a pas à ce jour reconnu l’existence de deux espèces distinctes, en partie en raison de l’hybridation ; la désignation de l’espèce est actuellement examinée par le Groupe de spécialistes de l’éléphant d’Afrique (GSEA) de l’UICN. Pour cette raison, la CITES reconnaît également une seule espèce africaine dans son manuel d’identification. En Afrique australe, l’on ne trouve que des éléphants de savane.

Rôle de l’espèce dans l’écosystème

Les éléphants d’Afrique jouent un rôle clé dans la structure des forêts, des bois et des savanes, en créant une hétérogénéité spatiale et une diversité au niveau du paysage, en dispersant les graines et en facilitant l’accès à l’eau pour une série d’autres espèces. La perte de cette mégafaune clé des écosystèmes pourrait avoir des effets négatifs profonds et durables sur la structure et la fonction écologiques. Lorsqu’il est confiné par des barrières artificielles telles que des clôtures ou une utilisation des terres bloquant les couloirs de déplacement, ce rôle de modification de l’habitat peut parfois être considéré comme excessif, par rapport à la conservation souhaitée par l’homme d’espèces végétales et animales.

La perte d’habitat, par la conversion des forêts, de la savane et des corridors en plantations, en agriculture de subsistance et en villages, est la plus importante menace à long terme pour les populations d’éléphants. Le rapport du GSEAE de 2016 fait état d’une perte constante de l’aire de répartition des éléphants, bien qu’il souligne également que les changements intervenus à ce jour ne permettent pas de distinguer entre la diminution de l’aire de répartition réelle des éléphants et les changements/améliorations dans la manière dont l’aire de répartition est estimée. Le rapport du GSEAE de 2016 fait état d’une expansion récente de l’aire de répartition dans des sites sélectionnés au Kenya et au Botswana uniquement.

Taille de population

La population continentale d’éléphants d’Afrique est estimée, selon les données les plus récenntes, à 415 428 individus (+/- 20 111). Cependant, d’importantes zones difficiles à surveiller sont sous-représentées dans ce total, comme les forêts continues du Gabon et de la République du Congo, pour n’en citer que quelques-unes. Par ailleurs, les éléphants ne restent pas nécessairement dans un seul pays, en particulier en Afrique australe autour du nord du Botswana, de la Namibie, du sud de l’Angola et de la Zambie, ainsi que du nord-est du Zimbabwe. À l’échelle continentale, cette zone, connue sous le nom de zone de conservation transfrontalière Kavango-Zambezi (KAZA), possède environ 75 % du nombre total d’éléphants d’Afrique. La fiabilité des chiffres de population nationale communiqués pour les pays du KAZA est par conséquent sujette à caution.

Structure de population

Les éléphants d’Afrique sont matriarcaux, les femelles adultes formant généralement des familles à vie et d’autres groupements hiérarchiques sur la base de la parenté. Les mâles se séparent des groupes familiaux à maturité et forment des liens avec d’autres mâles ou vivent en solitaire. L’âge moyen des adultes dans les groupes familiaux d’éléphants et la structure sociale de ces groupes sont perturbés par le braconnage, qui cible d’abord les animaux adultes les plus âgés, qui disposent des défenses les plus grandes. Cette mise à mort sélective entraîne une cascade d’effets comportementaux, physiologiques et reproductifs au sein de la population d’éléphants survivante. Comme les femelles les plus âgées, les matriarches, sont les dépositaires de la connaissance des relations sociales et des risques et récompenses écologiques, leur perte affecte les chances de survie de familles entières. Le retrait des mâles adultes les plus performants est susceptible d’accroître l’asymétrie de la reproduction et de réduire la diversité génétique des populations survivantes. L’effet négatif de l’appauvrissement drastique des éléphants mâles et femelles sur la diversité génétique a été bien documenté en Ouganda, qui a subi des pertes massives pendant la crise du braconnage des années 1970-1980.

Tendances de populations

Dans l’ensemble, les populations d’éléphants d’Afrique sont en déclin. Ces déclins ont été attribués principalement à une augmentation du braconnage. Bien que les récentes baisses aient été notables dans toutes les régions d’Afrique, l’intensité des baisses est inégale, avec des “points chauds” apparents dans chaque région.

Une compilation et une modélisation séparées des données d’enquête pour l’Afrique centrale ont montré que la taille de la population des éléphants de forêt « a diminué de 62% entre 2002-2011, et le taxon a perdu 30% de son aire de répartition géographique ».

Une analyse indépendante sur les tendances de populations en Afrique, publiée en 2014, estime la réduction de la population à 3% de la population continentale pour la seule année 2011, et environ 100.000 éléphants perdus à cause du braconnage en 2010-2012.

Environ 90 % des populations d’éléphants de savane ont été recensées systématiquement en 2014-2015 par le Grand recensement des éléphants (GEC), un programme continental d’enquêtes aériennes financé par Paul G Allen Philanthropies et travaillant en collaboration avec les gouvernements nationaux et un certain nombre d’ONG. Ce recensement estime que les populations d’éléphants ont décliné de 30 % dans 18 pays depuis 2007, le taux annuel de déclin atteignant 8 % au cours de la période 2010-2014.

La région de l’Afrique australe dans son ensemble a connu un déclin des populations d’éléphants de 8,6 % entre 2006 et 2015, ce qui équivaut à près de 30 000 éléphants, selon des estimations actualisées pour les sites où des techniques d’enquête comparables ont été utilisées. En particulier, le Botswana, le Zimbabwe et le Mozambique ont connu des déclins de respectivement 15 %, 10 % et 34 %.

Menaces

Sur tout le continent, la principale menace à long terme qui pèse sur les éléphants est la perte ou la conversion de leur habitat par l’expansion humaine, les conflits hommes-éléphants qui y sont associés et les impacts du changement climatique.

Dans les forêts d’Afrique centrale, les impacts des activités forestières, y compris la déforestation (perte d’habitat) et la construction de routes (augmentation de l’intervention humaine), constituent de graves menaces à long terme pour les éléphants. Cependant, la menace immédiate, plus critique à court terme dans toutes les régions, est le niveau élevé d’abattages pour le commerce de l’ivoire.

Les données du programme MIKE (Monitoring the Illegal Killing of Elephants) – la principale source de données sur les niveaux de braconnage des éléphants en Afrique – indiquent qu’en 2011, le braconnage a atteint les niveaux les plus élevés depuis le début du programme en 2002, avec une tendance modérément à la baisse par la suite. Toutefois, les niveaux de braconnage restent élevés et non durables. Une analyse des données publiées en 2014 a conclu que les braconniers ont tué 40 000 éléphants rien qu’en 2011, et qu’en seulement 3 ans (2010-2012), 100 000 éléphants ont été tués en Afrique pour leur ivoire.

Toutes les populations d’éléphants d’Afrique, dans toutes les régions, sont en danger. L’analyse MIKE la plus récente, qui examine les données jusqu’à la fin de 2017 et dont le Secrétariat de la CITES a rendu compte en août 2018, montre que les niveaux de braconnage restent globalement non durables, en particulier dans les régions de l’Ouest, du Centre et du Sud de l’Afrique.